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Poèmes médiévaux les plus connus

François Villon (1431- ?), Rutebeuf (1230-1285), Charles d’Orléans (1394-1465) et Marie de France (1160-1210) sont les poètes les plus connus du Moyen Âge. La poésie, principalement des épopées ou de la poésie lyrique sous forme de rondeau ou de ballade, était souvent chantée par les troubadours.

Voici une sélection de poèmes médiévaux célèbres.

Marie de France (1160-1210)

Ni vous sans moi

Ni vous sans moi (ou Lai du chèvrefeuille) est un poème célèbre de Marie de France écrit entre 1160 et 1180. Le Lai du chèvrefeuille rappelle le mythe de Tristan et Iseut et suggère l’amour des amants. En effet, Tristan lui écrit sur une branche de noisetier (coudrier) enroulée dans du chèvrefeuille.

D'eux deux il était ainsi
Comme du chèvrefeuille était
Qui au coudrier se prenait.
Quand il s'est enlacé et pris
Et tout autour le fût s'est mis,
Ensemble peuvent bien durer.
Mais qui les veut ensuite désunir
Le coudrier meurt bien vite
Et le chèvrefeuille avec lui.
« Belle amie ainsi est de nous
Ni vous sans moi, ni moi sans vous. »

Rutebeuf (1230-1285)

Rutebeuf (1230-1285) est un poète français du Moyen Âge. Son oeuvre rompt avec la poésie lyrique traditionnelle de l'époque. Il écrit des poèmes polémiques et satiriques et est un des premiers à partager ses misères. Il est aussi passé à l'histoire grâce à la chanson Pauvre Rutebeuf de Léo Ferré.

La Complainte

Que sont mes amis devenus, ou La complainte, est le poème le plus célèbre de Rutebeuf. Il a pour thème le départ et la perte d'êtres chers et se compose de 4 neuvains alternant 2 octosyllabes et 1 tétrasyllabe. La chanson Pauvre Rutebeuf de Léo Ferré reprend en partie le texte de La complainte.

Que sont mes amis devenus ;
Que j'avais de si près tenus…
Et tant aimés.
Ils ont été trop clairsemés,
Je crois le vent les a ôtés.
L'amour est morte.
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte ;
Les emporta.

Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre…
Avec pauvreté qui m'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver.
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte,
En quelle manière.

Que sont mes amis devenus ;
Que j'avais de si près tenus…
Et tant aimés.
Ils ont été trop clairsemés,
Je crois le vent les a ôtés.
L'amour est morte.
Le mal ne sait pas seul venir.
Tout ce qui m'était à venir…
M'est advenu.

Pauvre sens et pauvre mémoire ;
M'a Dieu donné, le roi de gloire.
Et pauvre rente…
Et droit au cul quand bise vente.
Le vent me vient, le vent m'évente.
L'amour est morte.
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte ;
Les emporta.

La grièche d’hiver

Quand vient le temps qu’arbre défeuille
quand il ne reste en branche feuille
qui n’aille à terre,
par la pauvreté qui m’atterre,
qui de toutes parts me fait guerre,
près de l’hiver,
combien se sont changés mes vers,
mon dit commence trop divers
de triste histoire.
Peu de raison, peu de mémoire
m’a donné Dieu, le roi de gloire,
et peu de rentes,
et froid au cul quand bise vente :
le vent me vient, le vent m’évente
et trop souvent
je sens venir et revenir le vent.
La grièche m’a promis autant
qu’elle me livre :
elle me paie bien et bien me sert,
contre le sou me rend la livre
de grand misère.
La pauvreté m’est revenue,
toujours m’en est la porte ouverte,
toujours j’y suis
et jamais je ne m’en échappe.
Par pluie mouillé, par chaud suant :
Ah le riche homme !
Je ne dors que le premier somme.
De mon avoir, ne sais la somme
car je n’ai rien.
Dieu m’a fait le temps bien propice :
noires mouches en été me piquent,
en hiver blanches.
Je suis comme l’osier sauvage
ou comme l’oiseau sur la branche ;
l’été je chante,
l’hiver je pleure et me lamente
et me défeuille ainsi que l’arbre
au premier gel.
En moi n’ai ni venin ni fiel :
ne me reste rien sous le ciel,
tout passe et va.
Les enjeux que j’ai engagés
m’ont ravi tout ce que j’avais
et fourvoyé
et entraîné hors de ma voie.
J’ai engagé des enjeux fous,
je m’en souviens.
Or, bien le vois, tout va, tout vient:
tout venir, tout aller convient
hors les bienfaits.
Les dés que les détiers ont faits
m’ont dépouillé de mes habits ;
les dés m’occient,
les dés me guettent et m’épient,
les dés m’assaillent et me défient,
cela m’accable.
Je n’en puis rien si je m’effraie :
ne vois venir avril et mai,
voici la glace.
Or j’ai pris le mauvais chemin;
les trompeurs de basse origine
m’ont mis sans robe.
Le monde est tout rempli de ruse,
et qui ruse le plus s’en vante ;
moi qu’ai-je fait
qui de pauvreté sens le faix ?
Grièche ne me laisse en paix,
me trouble tant,
et tant m’assaille et me guerroie ;
jamais ne guérirai ce mal
par tel chemin.
J’ai trop été en mauvais lieux ;
les dés m’ont pris et enfermé :
je les tiens quittes!
Fol est qui leur conseil habite ;
de sa dette point ne s’acquitte
mais bien s’encombre,
de jour en jour accroît le nombre.
En été il ne cherche l’ombre
ni chambre fraîche
car ses membres sont souvent nus :
il oublie du voisin la peine
mais geint la sienne.
La grièche l’a attaqué,
l’a dépouillé en peu de temps
et nul ne l’aime.

Charles d'Orléans (1394-1465)

Charles 1er d'Orléans (1394-1465) est un prince et poète célèbre. Duc d'Orléans et de Valois, il est le neveu du roi de France Charles VI puis le père du roi de France Louis XII. Il s'entoure de poètes à sa cour et est l'auteur de centaines de poèmes : rondeaux, chansons, ballades et complaintes.

Le temps a laissé son manteau

Le temps a laissé son manteau est le poème le plus célèbre de Charles d'Orléans et le rondeau le plus célèbre de l'histoire. Un rondeau est un poème médiéval lyrique à deux rimes, composé de 13 vers et dont le premier vers se répète à la fin. Celui-ci évoque la fin de l'hiver et l'arrivée du printemps.

Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s’est vêtu de broderie,
De soleil luisant, clair et beau.

Il n’y a bête ni oiseau
Qu’en son jargon ne chante ou crie :
Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie.

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie,
Gouttes d’argent d’orfèvrerie ;
Chacun s’habille de nouveau :
Le temps a laissé son manteau.

Hiver, vous n'êtes qu'un vilain

Hiver, vous n'êtes qu'un vilain,
Été est plaisant et gentil,
En témoin de Mai et d'Avril
Qui l'accompagnent soir et matin.

Été revêt champs, bois et fleurs,
De sa livrée de verdure
Et de maintes autres couleurs
Par l'ordonnance de Nature.

Mais vous, Hiver, trop êtes plein
De neige, vent, pluie et grésil ;
On vous doit bannir en exil.
Sans point flatter, je parle plain :
Hiver, vous n'êtes qu'un vilain.

Ma seule amour

Ma seule amour, ma joie et ma maîtresse,
Puisqu’il me faut loin de vous demeurer,
Je n’ai plus rien, à me réconforter,
Qu’un souvenir pour retenir liesse.

En allégeant, par Espoir, ma détresse,
Me conviendra le temps ainsi passer,
Ma seule amour, ma joie et ma maîtresse,
Puisqu’il me faut loin de vous demeurer.

Car mon las cœur, bien garni de tristesse,
S’en est voulu avecques vous aller,
Ne je ne puis jamais le recouvrer,
Jusque verrai votre belle jeunesse,
Ma seule amour, ma joie et ma maîtresse.

François Villon (1431-?)

François de Montcorbier (1431-?), dit Villon, est un poète français du moyen Âge. Il a une vie tumultueuse et échoue à faire carrière à la cour de Charles d'Orléans. Condamné à la pendaison (1463), il est finalement banni et disparaît. Son œuvre publiée ensuite a du succès, notamment Le Testament.

Les versions originales des poèmes de Villon sont très difficiles à comprendre. Sa langue et sa prononciation étaient complètement différentes des nôtres.

Ballade des dames du temps jadis

La Ballade des dames du temps jadis, du recueil Le Testament, est un des plus beaux poèmes de François Villon. Cette ballade lyrique et mélancolique, composée de trois huitains et un quatrain en octosyllabes, évoque le temps qui passe au travers des destins de 12 femmes célèbres décédées.

Dites-moi où, en quel pays
Est Flora, la belle romaine,
Alcibiade, et Thaïs
Qui fut sa cousine germaine ?
La nymphe Écho, parlant quant on fait du bruit
Au-dessus d'une rivière ou d'un étang
Et eut une beauté surhumaine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Où est la très savante Héloïse
Pour qui fut châtré Pierre Abélard
Puis se fit moine à Saint-Denis ?
Pour son amour, il souffrit cette blessure.
De même, où est la reine
Qui ordonna que Buridan
Fût enfermé dans un sac et jeté à la Seine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

La reine blanche comme un lys
Qui chantait avec la voix d'une sirène,
Berthe au Grand Pied, Béatrice, Alix,
Erembourg qui gouverna le Maine,
Et Jeanne, la bonne lorraine
Que les Anglais brûlèrent à Rouen,
Où sont-elles, Vierge souveraine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Prince, ne demandez cette semaine
Ou cette année, où elles sont,
De crainte qu'on ne vous rappelle ce refrain :
Mais où sont les neiges d'antan ?

Ballade des pendus

La Ballade des pendus est un poème célèbre de François Villon. Cette grande ballade macabre aurait été écrite en prison lorsque le poète, condamné à la suite d’une rixe, attendait son exécution par pendaison. Ce poème médiéval sur le thème de la rédemption est surtout un appel à la charité chrétienne.

Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A lui n'ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

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