Il est au bord du Tibre un chaos de bâtisses
Plus noires au soleil que les cyprès la nuit,
Et qui, plongeant leur pied dans l’eau jaune qui fuit,
Y trempent constamment leur frange d’immondices.
Une gargouille en sort, et, le long du gros mur,
A creusé dans la pierre une verte traînée ;
En bas, au long roulis d’une barque enchaînée,
Branle un anneau rouillé qui mord le ciment dur.
Mais, à vingt pieds de l’onde, une étroite terrasse,
Dans l’amas inégal des sinistres taudis,
Forme sous une treille un profond paradis
Où le lierre au berceau des tonnelles s’enlace ;
La vigne aventureuse y prend son vif essor ;
Toujours il y sourit l’adorable mélange
Des pâleurs du citron aux rougeurs de l’orange ;
Et, si mes yeux ont bien percé ce fouillis d’or,
Des colombes sans bruit s’y becquetaient à l’aise,
Tandis qu’à l’autre rive, au-dessus des maisons,
Tristement se dressait, vide en toutes saisons,
La loge sans amours du grand palais Farnèse.


René-François Sully Prudhomme

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