J’ai longtemps combattu, cherchant si j’étais digne
D’aimer l’azur du ciel et la blancheur du cygne,
J’ai fait de ma pensée un examen cruel ;
Devant moi, tribunal, j’ai paru, criminel.
Tout ce que j’avais eu de passions mauvaises,
Ricanements, fureurs, hontes, désirs, fournaises,
Comme de noirs esprits évoqués à minuit,
A de nouveau tourné dans ma tête avec bruit,
Et j’ai versé des pleurs, comprenant, ô jeune ange,
Que pour aller vers vous c’était là trop de fange,
Que je ne devais pas, moi perdu pour jamais,
Troubler avec mes cris vos tranquilles sommets,
Que, si j’avais l’amour d’une chose trop belle,
Il me fallait mourir sans rien réclamer d’elle,
Et rentrer mes sanglots, de peur que sa bonté
Ne l’entraînât au gouffre où mon cœur s’est jeté.

Vous cependant, voilà que vous êtes venue,
Douce, avec vos trésors de tendresse ingénue.
Votre œil bleu m’a versé sa lumière ; à l’instant,
Les démons sont partis en se précipitant.
Vous avez secoué, sœur de la tourterelle,
Sur le deuil de mon front, la neige de votre aile.
Et maintenant je n’ai souvenance de rien ;
Avec vous je suis fort, sincère, ivre de bien ;
Et je ne combats plus, étant devenu digne
D’aimer ravir du ciel et la blancheur du cygne.


Armand Renaud

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