Qui a peu voir la matinale rose
D’une liqueur celeste emmïellée,
Quand sa rougeur de blanc entremeslée
Sur le naïf de sa branche repose :
Il aura veu incliner toute chose
A sa faveur : le pié ne l’a foulée,
La main encor’ ne l’a point violée,
Et le troupeau aprocher d’elle n’ose.
Mais si elle est de sa tige arrachée,
De son beau teint la frescheur dessechée
Pert la faveur des hommes et des Dieux.
Helas ! on veult la mienne devorer :
Et je ne puis, que de loing, l’adorer
Par humbles vers (sans fruit) ingenieux.
Joachim du Bellay
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