Le poète regarde un moment en lui-même :
Il voit des souvenirs de clairs de lune éteints,
Des levers de soleil vagues sur des matins,
Et des jours abolis, pleins de roses qu’il aime…

Les parfums sont encore, affaiblis, dans son cœur ;
Les fleurs ont effeuillé lentement leurs pétales ;
Les rayons ont perdu d’obliques lueurs pâles ;
Les soirs sont effacés, qui parlaient de douceur…

Le poète regarde en lui-même, et s’étonne.
Son âme, où presque rien d’autrefois n’est resté, ―
Qu’une ombre de la nuit, du jour, qu’une clarté, ―
Garde, précis, un beau crépuscule d’automne.

Un crépuscule avec des nuages rosés,
Un ciel rouge semant des braises dans la rue,
Une heure de beauté claire réapparue,
Et puis, un goût soudain revenu de baisers !…

Amour ! c’est donc par toi que tout cela subsiste !
Ton rêve n’était pas dans le fond de mon cœur
Lorsque le clair de lune épanchait sa lueur :
Comme sans toi tout s’enfonce dans l’oubli triste !

Pour avoir vu l’automne avec des yeux émus,
Sous les reflets mourants du ciel crépusculaire,
Cette heure s’est gravée, éternellement claire,
Lumière rayonnant sur les jours disparus…


Albert Lozeau

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