Comme je voyageais au fond de nos campagnes,
Seul, à pied, admirant, perdu dans les montagnes,
Ce pays de vallons, de rivières, de bois,
De chapelles sans nombre et de petites croix,
Tableau qui parle au cœur et pour les yeux varie,
Tout à coup, au milieu de cette rêverie,
J'entendis près de moi le pas égal et lourd
D'un grave laboureur qui s'en allait au bourg.
Vêtu comme l'étaient nos aïeux dans les gaules,
De longs cheveux châtains pendaient sur ses épaules ;
Il portait un bâton d'un houx vert et noueux,
Et menait par la corne une paire de bœufs.
En passant, il me dit : « Vous êtes de la ville,
Mais vous semblez aimer cette lande tranquille,
Jeune homme ; et vous voilà qui pleurez comme moi,
Quand je revins ici du service du roi.
J'ai vu tous ceux de France, après quelques journées,
Oublier leur maison ; moi, durant tant d'années,
Je pensais à mon bourg, à l'Izôl, à ses bords ;
Couchés dans leurs linceuls, je pensais à mes morts,
A tout ce qu'un chrétien aime comme lui-même,
Aux saints de mon église, à mes fonts de baptême,
Aux danses quelquefois, aux luttes des pardons ;
Et mon cœur m'emportait toujours dans nos cantons. » —

Ce noble paysan n'est rien dans cette histoire,
Mais ses traits sont restés gravés dans ma mémoire,
Et, comme une statue aux traits durs et touchants,
J'ai placé son image au milieu de mes chants.


Auguste Brizeux

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Johann