L’Alhambra, qu’ont bâti les enfants du prophète,
Contre la vétusté vaillamment se défend.
Il est toujours paré comme pour une fête ;
On dirait qu’il espère : on dirait qu’il attend.

Qui sait— (toujours l’Islam agrandit son empire !)
Si les fils de Mahom, enchantement des yeux,
Quand le Christ ne sera plus là pour les maudire,
N’y replanteront pas l’étendard des ayeux ?

Car le Christ dont la croix pâlit sur les murailles
N’est plus l’inspirateur des conquérants jaloux ;
Les peuples d’Occident se livrent des batailles,
Mais ce n’est plus la Foi qui dirige leurs coups.

Ils ergotent sans fin sur des questions vaines ;
Ils veulent agrandir la terre sous leurs pas ;
Et, faisant bon marché des souffrances humaines,
Devant les pleurs, le sang, ils ne désarment pas.

Ils ne veulent pas voir, aveugles et stupides,
L’ange exterminateur qui vient pour les punir !
Le néant est au bout des luttes fratricides :
Ils disparaîtront tous, s’ils ne savent s’unir ;

Et quand, repus de gloire et soûlés de carnages,
Ils seront endormis dans l’éternel sommeil,
De l’Orient divin, d’où sont venus les Mages,
De l’Orient vainqueur renaîtra le Soleil !


Camille Saint-Saëns

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