Le sculpteur modèle l’argile ;
Puis, prenant le marbre indocile,
Le pétrit dans sa main habile
Avec un patient effort ;

Ou bien sous sa fière tutelle
Il soumet le bronze rebelle :
Si la matière en est moins belle,
Pour vaincre le temps il est fort ;

Et contre ce temps qui le tue
L’Homme en vain lutte et s’évertue,
Quand, bronze ou marbre, la statue
Immobile, impassible, voit

De son œil fixe et sans prunelle
Passer les siècles devant elle
Et s’avancer l’ombre éternelle
Qui sur le passé toujours croît.

Tristes autels où se consume
Un reste de tison qui fume,
Enfoncez-vous dans cette brume
Où le soleil ne luira plus !

Les dieux meurent : leurs temples vides
Sont comme ces déserts arides
Où frissonnaient jadis les rides
Des grands océans disparus ;

Mais l’Art a conservé l’image
Du dieu que vénérait le mage
Et que le fou comme le sage
Venait adorer en tremblant :

Ce n’est plus le dieu qu’on adore ;
C’est sa forme vivante encore,
C’est la Beauté, divine aurore
Sortant, pure, du marbre blanc !


Camille Saint-Saëns

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