Temps affreux ! ma pensée est, dans ce morne espace
Où l’imprévu surgit, où l’inattendu passe,
Une plaine livrée à tous les pas errants.
Les faits l’un après l’autre arrivent, noirs et grands.
J’écris ce livre, jour par jour, sous la dictée
De l’heure qui se dresse et fuit épouvantée ;
Les semaines de l’An Terrible sont autant
D’hydres que l’enfer crée et que le gouffre attend ;
L’événement s’en va, roulant des yeux de flamme,
Après avoir posé sa griffe sur mon âme,
Laissant à mon vers triste, âpre, meurtri, froissé,
Cette trace qu’on voit quand un monstre a passé.
Ceux qui regarderaient mon esprit dans cette ombre,
Le trouveraient couvert des empreintes sans nombre
De tous ces jours d’horreur, de colère et d’ennui,
Comme si des lions avaient marché sur lui.

Victor Hugo

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