Pourtant jusqu'au jour d'aujourd'hui
Je vivais et mourais de lui.
Ce depuis l'atroce journée
Où, pauvre âme au ciel ramenée,
J'ai méconnu ma destinée.
Ramenée au ciel, et comment ?
Par le fait logique et charmant
D'un grand miracle assurément,
Par la conversion soudaine
D'un cœur voué tout à la haine
En un d'une onction sereine.
Puis m'investit un désir fou
À la fois furieux et mou
Qui m'allait entraînant jusqu'où ?
Adieu, l'émoi pur et candide
Vers l'idéal sûr et splendide,
Pour quel souci bas et sordide ?
Adieu les belles oraisons,
La rosée autour des toisons,
La prière aux ardents buissons !
Des querelles sans fin ni trêve,
Toujours quelque violent rêve,
Une vie à se dire : Crève !
Par degrés cet enfer pourtant
S'alanguissait, non pénitent,
Hélas ! en limbes fades tant !
Rien désormais qui ne soit vague,
Ne déraisonne et ne divague...
Évêque ayant perdu sa bague,
Magicien sans talismans,
Pôle privé de ses aimants,
Tel, moi, monde aux morts éléments !
Ô le remède, le remède !
Pauvre âme folle, souviens-toi :
Jésus terrible et doux, à l'aide,
Seigneur, pour encore la Foi !
Paul Verlaine
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