Du grand rêve païen par les âges déchue,
Femme, cette douceur amère t’est échue
De garder, sur ton front cher et découronné,
Rameau toujours vivant, le laurier de Daphné.

Si tu n’es plus debout, aux temps durs où nous sommes
Entre l’amour des Dieux et le culte des hommes,
Les poètes du moins, te gardant de l’affront,
Devant tes pieds sacrés courbent encor le front.

Sous le désir troublé dont l’effroi les tourmente,
Ils ne t’appellent plus leur sœur ou leur amante,
Mais regardent, pensifs, luire dans ta Beauté
Le dernier rayon d’or de l’immortalité !


Armand Silvestre

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