Un fiacre, demain, à huit heures 
Du matin, nous emportera 
Tous deux bien loin de ces demeures 
Devers tous les et cætera 

De la vie enfin reconquise,
Bonheur, malheur, et toi toujours !
Car tu m’es la fête promise 
Ou le saut aux abîmes sourds. 

Cette fois comme les dernières 
Tu me jures bien d’en finir 
Avec tes mœurs aventurières 
Et de ne plus y revenir. 

Est-ce encore de la faiblesse 
Ou pressentiment de ma part ?
Il me semble que ta promesse 
D’aujourd’hui d’un cœur loyal part,

Pourtant les yeux noirs, ô ma brune,
De leur regard méchant et bon,
Mystérieux comme la lune,
Ne me disent ni oui ni non,

Et le sourire qui te pare,
Parfois semble avoir hésité
Entre une malice barbare 
Et la naïve gaieté. 

Si tu savais ce que je souffre 
Dans ce misérable suspens,
Me balançant des cieux au gouffre,
Du gouffre morne aux cieux flambants,

Des cieux flambants de toutes joies 
Au gouffre plein d’ombre et de mal,
Tu pitoierais — et tu pitoies ?
Ce pauvre vieux dit l’Infernal. 

Qu’importe, allons ! ô toi le maître 
Et la maîtresse. Il est demain,
L’heure a sonné, vite au Peut-être 
Dont ton caprice est le chemin.

Paul Verlaine

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