Les roses, je les hais, les insolentes roses
Qui du plaisir facile et changeant sont écloses,
Les roses dont l’envie est d’aller à chacun
Montrer leur coloris et livrer leur parfum,
Les roses pour qui rien n’est plus beau que la terre,
Les roses sans douleur, sans rêve et sans mystère.
Quelquefois j’ai voulu m’en couronner, pensant,
Pour endormir le cœur, leur baume tout puissant ;
Mais mon cœur brûlait trop, les roses en sont mortes,
Et sur leurs vains débris où rampent les cloportes,
A poussé d’elle-même une mystique fleur,
Enivrante avec calme et belle avec pâleur.
Son calice profond s’ouvre pour toute larme.
De sommeil et d’oubli son parfum verse un charme :
Sommeil chassant l’orgueil, oubli du mal passé,
Où par l’espoir et par le rêve on est bercé.
Si haut, dans l’infini, plane sa tête fière
Qu’il ne peut jusque-là monter vent ni poussière.
Elle ne connaît pas le monde, ne veut rien
Des hommes ; sans souci qu’on lui dise : c’est bien,
Ou : c’est mal, loin de tout, rires, haines, louanges,
Dans l’azur, elle songe à la beauté des anges.

Sachant qu’elle possède en son cœur un trésor,
A l’abri des regards elle met ce cœur d’or
Dans un calice blanc à donner le vertige.
S’isoler lui va mieux que de courber sa tige
Vers les faiseurs de bruit, vers les vainqueurs d’un jour ;
Et si jamais du ciel descendait son amour,
Ce serait sur une âme obscurément martyre,
Sur un grand cœur, n’ayant qu’elle pour lui sourire.


Armand Renaud

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