Pierre qui, durant sa jeunesse,
Fut un renommé savetier,
Est superbe de sa richesse
Et honteux de son vieux métier.

Ce fortuné marchand de bottes
Possède un parc, près de chez moi,
Dont les fontaines et les grottes
Sont dignes des maisons du roi.

Je suis confus lorsque je pense
Qu’il y fait creuser un canal
Dont la magnifique dépense
Étonnerait le cardinal.

Son luxe n’est pas imitable ;
Il dépeuple l’air et les eaux,
Pour faire que sa bonne table
Soit le pays des bons morceaux.

Il ronfle sur des sachets d’ambre ;
Tout son grand hôtel est paré,
Et n’a bassin ni pot de chambre
Qui ne soit de vermeil doré.

Suis-je pas une grosse bête
De travailler soir et matin
À faire de ma pauvre tête
Une boutique de latin ?

Mon père a causé ma ruine,
Pour avoir mis entre mes mains
La rhétorique et la doctrine
Des vieux Grecs et des vieux Romains.

Muses, n’en déplaise aux grands hommes
Que vous montrez à l’univers :
Il vaut mieux, au siècle où nous sommes,
Faire des bottes que des vers.


François Maynard

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