L’humble chambre a l’air de sourire ; 
Un bouquet orne un vieux bahut ; 
Cet intérieur ferait dire 
Aux prêtres : Paix ! aux femmes : Chut !

Au fond une alcôve se creuse. 
Personne. On n’entre ni ne sort. 
Surveillance mystérieuse !
L’aube regarde : un enfant dort. 

Une petite en ce coin sombre 
Était là dans un berceau blanc. 
Ayant je ne sais quoi dans l’ombre 
De confiant et de tremblant. 

Elle étreignait dans sa main calme 
Un grelot d’argent qui penchait ;
L’innocence au ciel tient la palme 
Et sur la terre le hochet. 

Comme elle sommeille ! Elle ignore 
Le bien, le mal, le cœur, les sens. 
Son rêve est un sentier d’aurore 
Dont les anges sont les passants.

Son bras, par instants, sans secousse, 
Se déplace, charmant et pur ; 
Sa respiration est douce 
Comme une mouche dans l’azur. 

Le regard de l’aube la couvre ;
Rien n’est auguste et triomphant 
Comme cet œil de Dieu qui s’ouvre 
Sur les yeux fermés de l’enfant. 

Victor Hugo

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