Lorsque le lambris craque, ébranlé sourdement,
Que de la cheminée il jaillit par moment
Des sons surnaturels, qu’avec un bruit étrange
Pétillent les tisons entourés d’une frange
D’un feu blafard et pâle, et que des vieux portraits
De bizarres lueurs font grimacer les traits,
Seul, assis, loin du bruit, du récit des merveilles
D’autrefois aimez-vous bercer vos longues veilles ?
C’est mon plaisir à moi : si, dans un vieux château,
J’ai trouvé par hasard quelque lourd in-quarto,
Sur les rayons poudreux d’une armoire gothique
Dès longtemps oublié, mais dont la marge antique,
Couverte d’ornements, de fantastiques fleurs,
Brille, comme un vitrail, des plus vives couleurs,
Je ne puis le quitter. Lais, virelais, balades,
Légendes de béats guérissant les malades,
Les possédés du diable et les pauvres lépreux,
Par un signe de croix ; chroniques d’anciens preux,
Mes yeux dévorent tout ; c’est en vain que l’horloge
Tinte par douze fois, que le hibou déloge
En glapissant, blessé des rayons du flambeau
Qui m’éclaire ; je lis : sur la table à tombeau,
Le long du chandelier, cependant la bougie
En larges nappes coule, et la vitre rougie
Laisse voir dans le ciel, au bord de l’orient,
Le soleil qui se lève avec un front riant.


Théophile Gautier

Découvrez Poésie Postale, votre abonnement mensuel pour recevoir des poèmes inédits et œuvres d'art originales par la poste, le tout dans une enveloppe scellée à la cire.

Gâtez-vous ou offrez de la poésie en cadeau !

Cliquez ci-dessous pour découvrir un poème au hasard.