Ô les charmants nuages roses,
Les jolis prés verts tout mouillés !
Après les vilains mois moroses,
Les petits oiseaux réveillés
S’envolent aux champs dépouillés.

Tout là-haut ce n’est que bruits d’ailes,
Rendez-vous, murmures, chansons ;
Aux toits courent les hirondelles,
Tandis que moineaux et pinsons
S’éparpillent dans les buissons.

Quittant aussi le coin de l’âtre
Resté désert et rembruni,
Comme tout ce peuple folâtre,
Les hôtes du foyer béni
S’en vont saluer l’infini.

Lui devant, elle après, ils viennent
Le long des sentiers dégelés.
Ils passent et tous se souviennent :
La terre où verdissent les blés
Crie aux villages : « Voyez-les ! »

Les aubépines sont plus blanches,
Les petits muguets plus nacrés,
Les violettes, les pervenches
Ont des airs plus délibérés
Quand par eux ils sont effleurés.

L’enfant sourit à leur présence,
Le paysan leur dit bonjour ;
Car on sait qu’en leur bienfaisance,
Dans tout le pays d’alentour,
Chaque malheureux a son tour.

Elle porte, malgré le cercle
Rouge dont son bras est meurtri,
Un très-grand panier à couvercle
Qu’à l’envi, le cœur attendri,
Ils vident, elle et son mari,

Quand près des grabats misérables,
Son œil, sur le sien arrêté,
Peut lire en traits inaltérables :
« — Pour toi l’amour, ô ma beauté !
« Pour les autres la charité. »


Louisa Siefert

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