Voulez-vous voir ce traict qui si roide s'eslance
Dedans l'air qu'il poursuit au partir de la main ?
Il monte, il monte, il perd : mais helas ! tout soudain
Il retombe, il retombe, et perd sa violence.

C'est le train de noz jours, c'est ceste outrecuidance
Que ces monstres de Terre allaittent de leur sein,
Qui baise ore des monts le sommet plus haultain,
Ores sur les rochers de ces vallons s'offence.

Voire ce sont noz jours : quand tu seras monté
A ce point de hauteur, à ce point arresté,
Qui ne se peut forcer, il te faudra descendre.

Le traict est empenné, l'air, qu'il va poursuyvant,
C'est le champ de l'orage : hé ! commence d'apprendre
Que ta vie est de Plume, et le monde de Vent.


Jean de Sponde

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